Biographie de martin luther

Biographie de martin luther

 Dans sa prison, après sa condamnation par le Pape à être brûlé vif, Jean Hus déclara : « Ils peuvent tuer l’oie (dans sa langue, hus signifie oie), mais dans cent ans apparaîtra un cygne qu’ils ne pourront brûler. »

Il neigeait et un vent glacé hurlait furieusement autour de la maison, le jour où ce « cygne » naquit à Eisleben en Allemagne. Le lendemain, le nouveau-né fut baptisé dans l’église Saint Pierre et Saint Paul, et comme c’était la Saint Martin, l’enfant reçut le nom de Martin Luther.

Cent deux ans après que Jan Hus eut rendu l’âme sur le bûcher, le « cygne » affichait à la porte de l’église de Wittemberg ses quatre-vingt-quinze thèses contre la vente des indulgences, acte qui fut à l’origine de la Grande Réforme. Jean Hus s’était trompé de deux années seulement dans sa prédiction.

Afin de donner toute sa valeur à l’œuvre de Martin Luther, il faut se rappeler l’obscurantisme et la confusion qui régnaient à l’époque de sa naissance.

D’après les estimations, au moins un million d’Albigeois étaient morts en France sur l’ordre du Pape d’exterminer sans pitié ces « hérétiques » (qui soutenaient la Parole de Dieu). Wycliffe, « l’étoile du matin de la Réforme », avait traduit la Bible en langue anglaise. Jean Hus, disciple de Wycliffe, était mort sur le bûcher en Bohème en suppliant le Seigneur de pardonner à ses persécuteurs. Jérôme de Prague, compagnon de Hus et érudit, avait subi le même supplice, chantant des hymnes dans les flammes jusqu’à ce qu’il rende son dernier soupir. Wessel, célèbre prédicateur d’Erfurt, avait été mis en prison pour avoir enseigné que le salut s’obtenait par la grâce. Mis aux fers, il mourut quatre ans avant la naissance de Luther. En Italie, quinze ans après la naissance de Luther, Savonarole, homme de Dieu et fidèle prédicateur de la Parole, fut pendu et son corps réduit en cendres, sur ordre de l’Eglise.

C’est à cette époque que naquit Martin Luther. Comme nombre d’hommes parmi les plus célèbres, il appartenait à une famille pauvre. Il avait l’habitude de dire : « Je suis fils de paysans, mon père, mon grand-père et mon arrière grand-père étaient de vrais paysans ». Puis, il ajouta : « Nous avons autant de raisons de nous glorifier de notre ascendance que le diable de s’enorgueillir de ce qu’il descend des anges ».

Les parents de Martin devaient travailler sans répit et sans repos pour habiller, nourrir et éduquer leurs sept enfants. Le père travaillait dans les mines de cuivre et la mère, en plus de ses tâches domestiques, transportait du bois pour le feu sur son dos.

Non seulement ses parents se préoccupaient de la croissance physique et intellectuelle de leurs enfants, mais ils se souciaient également de leur développement spirituel. Lorsque Martin eut l’âge de la raison, son père lui apprit à se mettre à genoux à côté de son lit, le soir avant de se coucher, et à prier Dieu afin que l’enfant « se souvienne de son Créateur » (Ecclésiaste 12:1).

Sa mère était sincère et pieuse ; ainsi, elle apprit à ses enfants à considérer tous les moines comme des hommes saints et toute transgression des règlements de l’Eglise comme une transgression des lois de Dieu. Martin apprit les Dix Commandements et le Notre Père, à respecter le Saint Siège dans la Rome lointaine et sacrée et à regarder avec révérence tout ossement ou morceau de vêtement ayant appartenu à un saint. Cependant, sa religion reposait davantage sur un Dieu juge vengeur plutôt qu’ami des petits enfants (Matthieu 19:13-15). Une fois adulte, Luther écrivit : « Entendre mentionner le nom du Christ me faisait trembler et pâlir, car on m’avait appris à Le considérer comme un juge coléreux. On nous avait appris que nous devions nous-mêmes faire propitiation pour nos péchés ; que nous ne pouvions pas racheter suffisamment nos fautes et qu’il était nécessaire de recourir aux saints du ciel et de prier Marie pour qu’elle intercède en notre faveur afin de détourner de nous la colère du Christ ».

Le père de Martin, très satisfait des résultats scolaires de son fils dans la petite ville où ils demeuraient, décida de l’envoyer, lorsqu’il eut treize ans, à l’école franciscaine de la ville de Magdeburg.

Le jeune garçon se présentait souvent à la confession où le prêtre lui imposait pénitence et l’obligeait à faire de bonnes actions afin d’obtenir l’absolution. Martin s’efforçait sans répit d’obtenir la faveur de Dieu au moyen de la piété, et ce même désir l’amena plus tard à la vie monastique.

Pour subvenir à ses besoins à Magdeburg, Martin devait demander l’aumône dans les rues, chantant de porte en porte. Ses parents, pensant que cela irait mieux à Eisenach, l’envoyèrent étudier dans cette ville où, en outre, habitaient des parents de sa mère. Néanmoins, ces parents ne lui apportèrent aucune aide et le jeune garçon dut continuer à demander l’aumône pour pouvoir se nourrir.

Alors qu’il était sur le point d’abandonner ses études, pour prendre un travail manuel, une dame aisée, Madame Ursule Cota, impressionnée par ses prières à l’église et émue par l’humilité avec laquelle il recevait les restes de repas qu’on lui donnait à sa porte, l’accueillit au sein de sa famille. Pour la première fois, Luther découvrit ce qu’était l’abondance. Des années plus tard, il parlait d’Eisenach comme de « la ville bien-aimée ». Lorsque Luther fut devenu célèbre, l’un des enfants de la famille Cota alla faire des études à Wittenberg, où Luther l’accueillit chez lui.

Pendant son séjour chez madame Cota, sa tendre mère adoptive, Martin fit des progrès très rapides et reçut une solide instruction. Son maître, Jean Trebunius, était un homme cultivé et soigné. Il ne maltraitait pas ses élèves comme le faisaient les autres maîtres. On raconte que lorsqu’il rencontrait les enfants de son école, il les saluait en retirant son chapeau, car « personne ne savait si parmi eux ne se trouvaient pas de futurs docteurs, régents, chanceliers ou rois [...] » Quant à Martin, l’ambiance de l’école et du foyer lui permit de se forger un caractère fort et inébranlable, si nécessaire pour affronter les ennemis redoutables de Dieu.

Martin était plus sérieux et plus pieux que les autres enfants de son âge. C’est en pensant à cela que Madame Cota, à l’heure de sa mort, dit que Dieu avait béni son foyer à partir du jour où Luther y était entré.

Pendant ce temps, la situation économique des parents de Martin s’était quelque peu améliorée. Le père avait acquis un four pour fondre le cuivre et il en acheta ensuite deux autres. Il avait été élu conseiller de sa ville et il commençait à faire des projets pour l’instruction des ses enfants. Cependant, Martin n’eut jamais honte de ses jours d’épreuves et de misère ; au contraire, il les considérait comme la main de Dieu qui l’avait guidé, dirigé et préparé pour sa grande œuvre. Personne ne peut, une fois adulte, affronter sérieusement et avec courage les vicissitudes de la vie si l’expérience ne lui a rien appris dans sa jeunesse.

A dix-huit ans, Martin désirait faire des études universitaires. Son père, conscient des capacités de son fils, l’envoya à Erfurt qui était alors le centre intellectuel du pays, où plus de mille étudiants suivaient des cours. Le jeune homme étudia avec tant d’acharnement qu’à la fin du troisième trimestre, il obtint le grade de bachelier en philosophie. A vingt et un ans, il atteignit le deuxième grade académique, celui de docteur en philosophie ; les étudiants, les professeurs et les autorités lui rendirent l’hommage qu’il méritait.

Dans la ville d’Erfurt même, on comptait cent propriétés appartenant à l’Eglise, y compris huit couvents. Il y avait également une importante bibliothèque qui dépendait de l’université, où Luther passait tout son temps libre. Il priait toujours Dieu avec ferveur pour qu’il lui accorde sa bénédiction dans ses études. Il avait coutume de dire : « Bien prier est la partie la plus importante des études. » Un de ses camarades écrivit à son sujet : « Chaque matin, il fait précéder ses études d’une visite à l’église et d’une prière à Dieu ».

Son père, qui désirait voir Martin devenir un célèbre avocat, lui acheta le Corpus juris, une grande œuvre de jurisprudence qui coûtait très cher.

Cependant l’âme de Martin désirait Dieu avec ardeur et par-dessus toutes choses. Divers événements influencèrent Luther, l’amenant à embrasser la vie monastique, une décision qui emplit son père de tristesse et horrifia ses compagnons de l’université.

Premièrement, dans la bibliothèque, il découvrit le merveilleux Livre des livres, la Bible complète, en latin. Jusqu’alors Luther avait cru que les petits extraits choisis par l’Eglise pour être lus le dimanche, constituaient la totalité de la Parole de Dieu. Après avoir lu la Bible pendant un long moment, il s’écria : « Oh ! Si la Providence pouvait me donner un tel livre, pour moi tout seul ! » A mesure qu’il lisait les Ecritures, son cœur se mit à percevoir la lumière que répandait la Parole de Dieu et son âme à ressentir une soif de Dieu toujours plus grande.

A l’époque où il devint bachelier, ses longues heures d’étude le rendirent malade et sa maladie l’amena aux portes de la mort. Ainsi, sa faim de la parole de Dieu s’enracina encore plus profondément dans le cœur de Luther. Quelque temps après cette maladie, alors qu’il rendait visite à sa famille, il reçut un coup d’épée et il faillit mourir deux fois avant qu’un chirurgien ne réussisse à guérir la blessure. Pour Luther, le salut de son âme prévalait sur tout autre désir.

Un jour, un de ses amis intimes d’université fut assassiné. « Ah !, s’écria Luther, horrifié, que serait-il advenu de moi si j’avais été appelé dans l’autre vie si inopinément ? »

Mais parmi tous ces événements, celui qui ébranla le plus l’esprit de Luther, fut celui qu’il vécut pendant un terrible orage alors qu’il revenait de chez ses parents. Il ne pouvait se mettre à l’abri nulle part. Le ciel était en feu, les éclairs déchiraient les nuages sans arrêt. Soudain, un éclair frappa à côté de lui. Luther, empli d’épouvante et se sentant déjà près de l’enfer, se prosterna en criant : « Sainte Anne, sauve-moi et je me ferai moine ! »

Plus tard, Luther appela cet incident : « Ma voie royale vers Damas » et il tint la promesse qu’il avait faite à Sainte Anne. Il invita alors ses camarades à dîner avec lui. Après le repas, alors que ses amis se divertissaient en discutant tout en écoutant de la musique, il leur annonça soudain qu’à partir de ce moment, ils pouvaient le considérer comme mort, car il allait entrer au couvent. Ses amis essayèrent en vain de le dissuader. Dans l’obscurité de cette même nuit, le jeune homme, qui n’avait pas encore vingt-deux ans, se rendit au couvent des Augustins, frappa, la porte s’ouvrit et Luther entra. Le professeur admiré et fêté, la gloire de l’université, celui qui avait passé des jours et des nuits penché sur ses livres, n’était plus maintenant qu’un simple frère augustin !

Le monastère des Augustins était le meilleur des cloîtres d’Erfurt. Ses moines étaient les prédicateurs de la ville, très estimés pour leurs œuvres de charité envers la classe pauvre et opprimée. Il n’y eut jamais dans ce couvent un moine plus soumis, plus dévoué et plus pieux que Martin Luther. Il effectuait les travaux les plus humbles, comme portier, fossoyeur, balayeur de l’église et des cellules des moines. Il ne refusait pas de sortir mendier le pain quotidien pour le couvent dans les rues d’Erfurt.

Pendant son année de noviciat, avant qu’il fasse ses vœux, les amis de Luther firent tout ce qui était en leur pouvoir pour le dissuader de persévérer dans sa décision. Les camarades qu’il avait invités à dîner pour leur annoncer son intention de se faire moine, restèrent deux jours près du portail du couvent, dans l’espoir qu’il reviendrait vers eux. Le père de Luther faillit devenir fou lorsqu’il comprit que ses prières étaient inutiles et que tous les projets qu’il avait faits pour l’avenir de son fils étaient détruits.

Luther s’excusait en disant : « J’ai fait une promesse à Sainte Anne, pour sauver mon âme. Je suis entré au couvent et j’ai accepté cette condition spirituelle uniquement pour servir Dieu et lui plaire pour l’éternité. »

Cependant, Luther s’était fait trop d’illusions.

Après avoir essayé de crucifier sa chair par des jeûnes prolongés, en s’imposant les privations les plus sévères, en effectuant un nombre incalculable de veilles, enfermé dans sa cellule, il devait encore lutter contre les mauvaises pensées. Son âme clamait : ’Donne-moi la sainteté ou je meurs pour toute l’éternité ; emporte-moi vers le fleuve aux eaux pures et non à ces sources d’eaux contaminées ; conduis-moi vers les eaux de vie qui jaillissent du trône de Dieu".

Un jour, Luther trouva dans la bibliothèque du couvent une vieille bible en latin, attachée à la table par une chaîne ; pour lui, ce fut un trésor infiniment plus précieux que tous les trésors littéraires du couvent. Il fut si complètement absorbé par sa lecture que pendant des semaines entières, il oubliait de répéter les prières du jour de l’ordre. Ensuite, réveillé par la voix de sa conscience, Luther se repentit de sa négligence ; ses remords étaient tels qu’ils l’empêchaient de dormir. Il s’efforça donc de réparer son erreur et il y mit tant d’acharnement qu’il en oubliait de se nourrir.

Dans cet état, décharné par tant de jeûnes et de veilles, il se sentit oppressé par la crainte au point d’en perdre connaissance et de tomber sur le sol. C’est ainsi que le trouvèrent les autres moines qui admirèrent une fois de plus son exceptionnelle piété ! Luther ne reprit conscience que lorsqu’un groupe de frères du chœur l’entourèrent en chantant. La douce harmonie arriva jusqu’à son âme et réveilla son esprit. Cependant, même à ce moment-là il lui manquait encore la paix perpétuelle de l’âme, il n’avait pas encore entendu le chœur céleste chanter : « Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ».

A cette époque, le vicaire général de l’ordre des Augustins, Staupitz, vint en visite au couvent. C’était un homme de grand discernement et d’une piété profonde ; il comprit immédiatement le problème du jeune moine et lui offrit une bible dans laquelle celui-ci put lire : « Le juste vivra par la foi ». Depuis bien longtemps, Luther soupirait : « Oh, que Dieu me donne un tel livre rien que pour moi ! » Maintenant il l’avait enfin !

Il trouva un grand réconfort à la lecture de la Bible, mais la tâche ne pouvait être accomplie en un jour. Il resta donc plus résolu que jamais à atteindre la paix par la vie monastique, jeûnant et passant des nuits entières sans dormir. Gravement malade, il s’écria : « Mes péchés, mes péchés ! » Bien que sa vie fût sans tache, comme il l’affirmait et comme d’autres en témoignaient, il se sentait coupable devant Dieu, jusqu’à ce qu’un vieux moine lui rappelât une parole du Credo : « Je crois dans le pardon des péchés ». Il vit alors que Dieu avait non seulement pardonné les péchés de Daniel et de Simon Pierre, mais également les siens.

Peu de temps après ces événements, Luther fut ordonné prêtre. La première messe qu’il célébra fut un grand événement. Son père, qui ne lui avait pas pardonné depuis le jour où il avait abandonné ses études de jurisprudence, y assista, après être venu à cheval de Mansfield en compagnie de vingt-cinq amis et avec un don important pour le couvent.

Lorsqu’il eut vingt-cinq ans, Luther fut nommé à la chaire de philosophie de Wittenberg, où il alla vivre dans le couvent de son ordre. Cependant, son âme avait soif de la Parole de Dieu et de la connaissance de Christ. Outre les occupations que lui imposait sa chaire de philosophie, il se consacra à l’étude des Ecritures et en cette première année il obtint le titre de « licencié ès Ecritures ». Son âme brûlait du feu du ciel ; de toutes parts affluaient des multitudes pour écouter ses sermons, jaillis directement de son cœur, sur les merveilleuses vérités que lui révélaient les Ecritures. L’un des professeurs les plus célèbres de Leipzig, connu comme « la lumière du monde », dit de lui : « Ce moine fera honte à tous les docteurs ; il annoncera une doctrine nouvelle et réformera toute l’Eglise, parce qu’il se base sur la Parole du Christ, la Parole à laquelle personne au monde ne peut résister, que personne ne peut réfuter, même lorsqu’on l’attaque avec toutes les armes de la philosophie. »

L’un des moments cruciaux de la vie de Luther fut sa visite à Rome. Une grave dispute avait surgi entre sept couvents d’Augustins et il fut décidé de porter les points de désaccord devant le Pape pour qu’il tranche. Comme Luther était le plus habile et le plus éloquent et qu’il était en outre très estimé et respecté par tous ceux qui le connaissaient, il fut choisi pour représenter son couvent à Rome. ’

Luther fit le voyage à pied en compagnie d’un autre moine. En ce temps là, Luther était toujours fidèle et entièrement dévoué à l’Eglise catholique. Quand ils arrivèrent enfin à un endroit sur la route d’où l’on pouvait voir la ville célèbre, Luther tomba à genoux et s’exclama : « Ville sainte, je te salue ! »

Les deux moines passèrent un mois à Rome où ils visitèrent les divers sanctuaires et les lieux de pèlerinage. Luther célébra la messe dix fois. Il regretta que ses parents ne fussent pas encore morts, parce qu’il aurait pu les délivrer du purgatoire ! Un jour, montant les saintes marches à genoux, afin d’obtenir l’indulgence que le chef de l’Eglise promettait en récompense de ce sacrifice, les paroles de Dieu résonnèrent dans ses oreilles avec un bruit de tonnerre : « Le juste vivra par la foi. » Luther se leva et s’en alla, tout honteux.

Après avoir vu la corruption qui régnait partout à Rome, son âme se raccrocha encore davantage à la Bible. De retour à son couvent, le. vicaire général insista pour qu’il suivît les cours nécessaires pour obtenir le titre de docteur, qui lui donnerait le droit de prêcher. Néanmoins, conscient de l’énorme responsabilité que ceci entraînerait devant Dieu et ne voulant pas céder, Luther dit : « C’est une chose d’une extrême importance pour un homme de parler à la place de Dieu [...] Ah ! Docteur, en me demandant cela, vous m’ôtez la vie ; je ne tiendrai pas plus de trois mois ». Le vicaire général lui répondit : « Cela n’a pas d’importance, qu’il en soit ainsi au nom de Dieu, car Dieu a aussi besoin au ciel d’hommes consacrés et intelligents ».

Elevé à la dignité de docteur en théologie, Luther brûlait plus encore du désir d’approfondir ses connaissances dans les Saintes Ecritures ; il fut alors nommé prédicateur de la ville de Wittenberg. Les livres qu’il étudia et leurs marges pleines d’annotations en toutes petites lettres servent encore d’exemple aux érudits d’aujourd’hui, pour le soin et la méthode que Luther mit à ses études.

Celui-ci écrivit au sujet de la grande transformation que subit sa vie à cette époque-là : « Avec le désir ardent de comprendre la Parole de Dieu, je me mis à étudier son épître aux Romains. Je notai que dans le premier chapitre, il est établi que la justice de Dieu se révèle dans l’Evangile (Romains 16:17). Je détestais l’expression : »la justice de Dieu« , parce que selon ce que j’avais appris, je la considérais comme un attribut du Dieu saint qui le poussait à châtier les pécheurs. En dépit de ma vie irréprochable de moine, ma conscience troublée me montrait que j’étais un pécheur devant Dieu. Ainsi, je détestais un Dieu juste qui châtiait les pécheurs [...] Ma conscience était inquiète et au plus profond de moi, mon âme se révoltait. Cependant, je revenais sans cesse au même verset, parce que je voulais connaître ce qu’enseignait Paul. Finalement, après avoir médité ce point pendant des jours et des nuits, Dieu, en sa grâce infinie, me montra le verset : Le juste vivra par la foi. Je vis alors que la justice de Dieu, dans ce verset, est la justice que l’homme pieux reçoit de Dieu par la foi, comme un présent. »

C’est ainsi que l’âme de Luther se libéra de son esclavage. Il écrivit : « Je me sentis alors renaître et au paradis. Les Ecritures tout entières avaient maintenant pour moi une autre signification ; je les étudiai en détail afin d’y découvrir tout ce qu’elles enseignaient sur la justice de Dieu. Avant, ces paroles m’étaient odieuses ; maintenant, je les recevais avec le plus grand amour. Ce verset fut pour moi la porte d’entrée au paradis. »

Après cette merveilleuse expérience, Luther prêcha tous les jours ; en certaines occasions, il lui arriva même de faire jusqu’à trois prédications le même jour, comme il le rapporta lui-même : « Ce qu’est le pasteur pour le troupeau, la maison pour l’homme, le nid pour l’oisillon, le rocher pour la chèvre sauvage, le ruisseau pour le poisson, voilà ce qu’est la Bible pour les âmes fidèles. » Enfin, la lumière de l’Evangile déchirait les ténèbres dans lesquels il vivait, et l’âme de Luther brûlait de conduire ceux qui l’écoutaient jusqu’à l’Agneau de Dieu, qui efface tous les péchés.

Luther fit en sorte que le peuple considère la vraie religion, non pas comme une simple profession de foi ou un système de doctrines, mais comme la vie même en Dieu. La prière n’était plus un exercice dépourvu de sens, mais une communion avec Dieu qui nous aime d’un amour infini. Par le biais de ses sermons, Luther révéla le cœur de Dieu à des milliers d’auditeurs, à travers son propre cœur.

Lors d’une convention d’Augustins, Luther fut invité à prêcher, mais au lieu de délivrer un message doctrinal de sagesse humaine, comme on s’y attendait, il prononça une homélie ardente contre la langue médisante des moines. Les Augustins, impressionnés par ce message, l’élirent directeur avec la charge de onze couvents !

Luther ne se contentait pas de prêcher la vertu, il la mettait en pratique et aimait vraiment son prochain. A cette époque, la peste, venue d’Orient, frappa Wittenberg. On calcule que le quart de la population de l’Europe, la moitié de la population de l’Allemagne, fut fauché par la peste. Lorsque les professeurs et les étudiants fuirent la ville, ils insistèrent pour que Luther les suivît, mais celui-ci répondit : « Où fuir ? ma place est ici ; le devoir ne me permet pas d’abandonner mon poste, avant que Celui qui m’y a placé ne m’appelle. Ce n’est pas que je ne craigne pas la mort, j’espère simplement que le Seigneur me donnera du courage. » C’est ainsi que Luther continua d’exercer son ministère, prenant soin de l’âme et du corps de ses semblables pendant un temps d’affliction et d’angoisse universelles.

La réputation du jeune moine s’étendit très loin. Pendant ce temps sans s’en rendre compte, tout en travaillant infatigablement pour l’Eglise, il s’était écarté de la voie libérale où s’était engagée l’Eglise dans sa doctrine et dans la pratique.

Au mois d’octobre 1517, Luther afficha à la porte de l’église du château de Wittenberg ses 95 thèses, dont la teneur était que Christ demandait que l’on se repente et s’attriste pour le péché commis, et non la pénitence. Luther afficha ses thèses ou propositions en vue d’un débat public à la porte de l’église, comme c’était alors la coutume. Mais celles-ci, rédigées en latin, furent sur le champ traduites en allemand, en hollandais et en espagnol. En moins d’un mois, à la surprise de Luther, elles étaient parvenues en Italie et faisaient trembler les bases du vieil édifice de Rome.

La conséquence de cet affichage des 95 thèses à la porte de l’église de Wittenberg fut la naissance de la Réforme, c’est-à-dire, que cet acte fut à l’origine du grand mouvement des âmes qui, dans le monde entier, désiraient ardemment retrouver la source pure, la Parole de Dieu. Cependant, Luther n’attaquait pas l’Eglise catholique ; au contraire, il prenait la défense du pape contre les vendeurs d’indulgence.

Au mois d’août 1518, Luther fut appelé à Rome pour y répondre à l’accusation d’hérésie qu’on lui intentait. Néanmoins, l’électeur Frédéric refusa de le laisser sortir du pays et Luther reçut ordre de se présenter à Augsbourg. « Ils vont te brûler vif », lui dirent ses amis. Luther leur répondit alors résolument : « Si Dieu soutient la cause, la cause l’emportera ».

L’ordre que le nonce du pape donna à Luther à Augsbourg fut clair : « Rétractez-vous ou vous ne sortirez pas d’ici ». Mais, Luther réussit à fuir par une petite porte dans le mur de la ville, en profitant de l’obscurité de la nuit. A son retour à Wittenberg, un an après l’affichage de ses thèses, Luther était devenu le personnage le plus populaire de toute l’Allemagne. Il n’y avait pas de journaux à l’époque, mais Luther répondait à toutes les critiques et ces réponses étaient ensuite publiées sous forme d’opuscules. Les écrits de Luther publiés ainsi constituent aujourd’hui une centaine de volumes.

Erasme, le célèbre humaniste et érudit hollandais, écrivit à Luther : « Vos livres sont en train de réveiller tout le pays [...]. Les hommes les plus éminents d’Angleterre apprécient vos écrits [...]. »

Lorsque la bulle d’excommunication envoyée par le pape arriva à Wittenberg, Luther répondit par un traité adressé au pape Léon X, où il l’exhortait à se repentir au nom du Seigneur. La bulle du pape fut brûlée loin des murs de la ville de Wittenberg devant une grande foule. A ce sujet, Luther écrivit au vicaire général : « Au moment de brûler la bulle, je tremblais et je priais, mais maintenant je suis satisfait d’avoir accompli cet acte énergique ». Luther n’attendit pas l’excommunication du pape, mais quitta immédiatement l’Eglise de Rome pour rejoindre l’Eglise du Dieu vivant.

Toutefois, l’empereur Charles Quint, qui allait convoquer sa première Diète dans la ville de Worms, demanda à Luther de comparaître afin de répondre, en personne, aux charges de ses accusateurs. Les amis de Luther lui déconseillèrent vivement d’y aller, rappelant : « Jan Hus ne s’est-il pas rendu à Rome pour y être brûlé, en dépit de la promesse de l’Empereur qu’il aurait la vie sauve ? » Mais en réponse à tous leurs efforts pour le dissuader de comparaître devant ses ennemis, Luther, fidèle à l’appel de Dieu, leur dit : « Même s’il y a à Worms autant de démons que de tuiles sur les toits, j’ai confiance en Dieu et j’irai ». Après avoir donné des instructions au sujet de son œuvre, au cas où il ne reviendrait pas, il partit.

Pendant son voyage vers Worms, la foule se pressait en masse pour voir le grand homme qui avait eu le courage de défier l’autorité du pape. A Mora, il prêcha en plein air, parce que les églises étaient trop petites pour les énormes foules qui voulaient entendre ses sermons. A la vue des clochers des églises de Worms, il se dressa dans la voiture dans laquelle il voyageait et se mit à chanter son hymne, le plus célèbre de la Réforme : Ein Feste Burg, c’est-à-dire « Notre Dieu est une forteresse ». Lorsqu’il entra enfin dans la ville, il était escorté d’une foule beaucoup plus nombreuse que celle qui avait accueilli Charles Quint. Le lendemain, il fut présenté devant l’empereur, au côté duquel se tenaient le délégué du pape, six électeurs de l’empire, vingt-cinq ducs, huit margraves, trente cardinaux et évêques, sept ambassadeurs, les députations de dix villes et un grand nombre de princes, comtes et barons.

On pourrait facilement croire que le réformateur était un homme de grand courage et de grande force physique pour oser affronter tant de bêtes sauvages dont le seul et ardent désir était de le mettre en pièces. Mais, à la vérité, il avait passé une grande partie de sa vie à l’écart des hommes et, surtout, le voyage l’avait bien affaibli car il avait dû avoir recours aux soins d’un médecin. Néanmoins, il ne perdit pas sa fermeté et il se montra plein de courage, non pas du sien propre, mais par la puissance de Dieu.

Conscient qu’il devait comparaître devant l’une des assemblées d’autorités religieuses et civiles les plus imposantes de tous les temps, Luther passa la nuit précédente à veiller. Prosterné, le visage contre terre, il lutta avec Dieu, pleurant et suppliant. Un de ses amis l’entendit prier ainsi : « Oh Dieu Tout-Puissant ! La chair est faible, le diable est fort ! Oh, Dieu, mon Dieu ! Je te supplie de rester à mes côtés pour affronter la raison et ’la sagesse du monde. Fais-le, car toi seul le peux. Il ne s’agit pas de ma cause, mais de la tienne. Qu’ai-je à voir avec les grands de ce monde ? C’est ta cause, Seigneur, ta cause juste et éternelle. Sauve-moi, ô Dieu fidèle ! Je n’ai confiance qu’en toi, ô Dieu, mon Dieu [...] Je suis prêt à donner ma vie, comme un agneau. Le monde ne réussira pas à réduire ma conscience au silence, même s’il est plein de démons ; et si mon corps doit être détruit, mon âme t’appartient et sera avec toi pour l’éternité […] »

On raconte que le lendemain. lorsque Luther passa le seuil de la salle où il devait se présenter devant la Diète, le général vétéran Freudsburg mit la main sur l’épaule du Réformateur et lui dit : « Petit moine, tu vas affronter une bataille différente, que ni moi ni aucun capitaine n’avons jamais affrontée, même lors de nos plus sanglantes conquêtes. Mais, si la cause est juste, et tu es convaincu qu’elle l’est, avance au nom de Dieu et ne crains rien car Dieu ne t’abandonnera pas ». Le grand général ne savait pas que Martin Luther avait déjà gagné la bataille par la prière et qu’il entrait uniquement pour informer ses pires ennemis de cette victoire.

Lorsque le nonce du pape exigea que Luther se rétractât devant l’auguste assemblée, celui-ci répondit : « Si vous ne m’avez pas convaincu d’erreur par le témoignage des Ecritures ou par vos arguments - puisque je ne crois ni dans le pape ni dans les conciles, car il est évident qu’ils se sont souvent trompés et qu’ils se contredisent entre eux - ma conscience doit obéir à la Parole de Dieu. Je ne peux pas me rétracter, je ne peux rien retirer car il n’est ni juste ni sûr d’agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide, amen. »

De retour dans sa chambre, Luther leva les mains vers le ciel, et le visage illuminé, s’exclama : « Que tout soit consommé ! Que tout soit consommé ! Si j’avais mille têtes, je me les ferais toutes couper avant de me rétracter ! »

La ville de Worms se réjouit, en apprenant la réponse hardie faite par Luther au nonce du pape. Les paroles du Réformateur furent rapportées et répandues au sein de la population qui lui rendit un hommage bien mérité.

Bien que les papistes n’eussent pas obtenu de l’empereur, à cause de la grande influence du Réformateur, qu’il violât le sauf-conduit accordé et qu’il fît brûler le soi-disant hérétique sur le bûcher, Luther dut toutefois affronter un autre grave problème. L’édit d’excommunication entra immédiatement en vigueur ; Luther était donc considéré comme un criminel et, une fois la durée de son sauf-conduit écoulée, il devrait être livré à l’empereur ; tous ses livres devaient être confisqués et brûlés ; lui venir en aide de quelque façon que ce soit serait considéré comme un crime capital.

Mais il est facile à Dieu de prendre soin de ses enfants. Sur le chemin de retour à Wittenberg, Luther fut soudain entouré dans un bois par une bande de cavaliers masqués, qui, après avoir renvoyé les personnes qui l’accompagnaient, le conduisirent au milieu de la nuit au château de Wartburg, près d’Eisenach. C’était un stratagème du prince de Saxe pour sauver Luther de ses ennemis qui préméditaient de l’assassiner avant qu’il n’arrivât chez lui.

Au château, Luther passa de nombreux mois incognito ; il prit le nom de Chevalier Georges et le monde extérieur le crut mort. De fidèles serviteurs de Dieu priaient jour et nuit. Les paroles du peintre Albert Dürer expriment les sentiments du peuple : « Ô Dieu ! si Luther est mort, qui nous expliquera l’Evangile maintenant ? »

Toutefois, de sa retraite, à l’abri de ses ennemis, Luther avait toute liberté pour écrire ; le monde comprit ensuite, au vu d’une telle quantité de littérature, qu’il s’agissait de l’œuvre de la plume même de Luther et qu’en fait celui-ci était vivant. Le Réformateur connaissait bien l’hébreu et le grec et, en trois mois, il traduisit le Nouveau Testament en allemand. Quelques mois plus tard, l’œuvre, une fois imprimée, était dans les mains du peuple. Il se vendit cent mille exemplaires de cette œuvre en quarante ans, en plus des cinquante-deux éditions qui furent imprimées dans d’autres villes. C’était pour l’époque un tirage considérable, mais Luther n’accepta pas un centime de droits d’auteur.

La plus grande œuvre de sa vie fut sans doute de donner la Bible dans sa propre langue au peuple allemand, après son retour à Wittenberg. Certes, il y avait d’autres traductions, mais elles étaient écrites dans un allemand latinisé que le peuple ne comprenait pas. La langue allemande de l’époque était un ensemble de dialectes, mais dans sa traduction de la Bible, Luther employa un langage que tous comprenaient, celui-là même que des hommes comme Goethe et Schiller utilisèrent pour écrire leurs œuvres. Le succès de sa traduction des Saintes Ecritures à l’usage des plus humbles est confirmé par le fait qu’après quatre siècles, on considère encore sa traduction comme la principale.

Un autre facteur important qui contribua au succès de cette traduction fut que Luther était un érudit en hébreu et en grec, ce qui lui permit de traduire directement à partir des langues d’origine. Néanmoins, la valeur de son œuvre ne se base pas uniquement sur les indiscutables dons de linguiste de son auteur, mais bien sur le fait que Luther connaissait la Bible mieux que quiconque, puisqu’il avait ressenti l’angoisse éternelle et qu’il avait trouvé dans les Ecritures la seule véritable consolation. Luther connaissait intimement et aimait sincèrement l’Auteur du Livre. En conséquence, son cœur brûlait du feu et de la puissance du Saint-Esprit. C’est là le secret qui lui permit de traduire cette œuvre immense en allemand en si peu de temps.

Comme on le sait, la force de Luther et de la Réforme fut la Bible. De Wartburg, Luther écrivit à son peuple de Wittenberg : « Jamais nulle part dans le monde, on n’a écrit de livre plus facile à comprendre que la Bible. Comparée aux autres livres, elle est comme le soleil par rapport à toutes les autres lumières. Ne vous laissez convaincre par personne de l’abandonner sous aucun prétexte. Si vous vous en écartez un instant, tout est perdu ; on pourra vous entraîner n’importe où. Si vous restez fidèle aux Ecritures, vous serez victorieux ».

Après avoir quitté son habit de moine, Luther décida de quitter complètement la vie monastique ; il épousa Katharina von Bora, une religieuse cistercienne qui avait également quitté le cloître après avoir compris qu’une telle vie était contraire à la volonté de Dieu. Le personnage de Luther, assis près de la cheminée chez lui avec sa femme et ses six enfants qu’il aimait tendrement, inspire les hommes davantage que le grand héros qui se présenta devant le légat pontifical à Augsbourg.

Lors des cultes domestiques, la famille se groupait autour d’un harmonium pour louer Dieu tous ensemble. Le Réformateur lisait le Livre qu’il avait traduit pour le peuple, puis tous louaient Dieu et priaient jusqu’à ce qu’ils ressentissent la présence divine parmi eux.

Luther et son épouse s’aimaient profondément. C’est lui qui dit : « Je suis riche, Dieu m’a donné ma nonne et trois fils, les dettes ne me font pas peur : c’est Katharina qui paie tout. » Katharina von Mora était estimée de tous. En fait, certains en vinrent à la critiquer parce qu’elle était trop économe ; mais que serait-il advenu de Martin Luther et de toute sa famille, si elle avait agi comme lui ? On raconte que, profitant du fait que sa femme était malade, il donna son propre repas à un étudiant qui avait faim. Il n’acceptait rien de ses élèves et refusait de vendre ses écrits, laissant tout le profit aux typographes.

Au cours de ses méditations sur les Ecritures, il oubliait souvent de manger. Alors qu’il écrivait son commentaire du psaume 23, il resta trois jours enfermé dans sa chambre, avec du pain et du sel pour toute nourriture. Lorsque sa femme fit ouvrir la porte par un serrurier, ils le trouvèrent en train d’écrire, plongé dans ses pensées et complètement étranger à tout ce qui se passait autour de lui.

Il est difficile de se faire une idée exacte de tout ce que nous devons aujourd’hui à Martin Luther. La façon dont il a ouvert la voie pour que le peuple soit libre de servir Dieu conformément à ses lois, dépasse notre compréhension. C’était un grand musicien et il écrivit quelques-uns des hymnes les plus spirituels que l’on chante encore aujourd’hui. Il prépara le premier recueil d’hymnes grâce à un grand travail de compilation et il établit la coutume de faire chanter ensemble les gens qui assistaient au culte. Il insista pour que non seulement les garçons, mais aussi les filles, reçoivent une instruction, se convertissant ainsi en père des écoles publiques. Avant Luther, le sermon avait peu d’importance dans les cultes, mais il en fit la partie principale. Il donna l’exemple lui-même pour contribuer à établir cette coutume ; en effet c’était un prédicateur d’une grande éloquence. Il n’avait pas une très haute opinion de lui-même, mais ses messages venaient du plus profond de son cœur, à tel point que le peuple ressentait la présence de Dieu lorsqu’il prêchait. A Zwickau, il prêcha devant vingt-cinq mille personnes sur la place publique. On calcule qu’il écrivit cent quatre-vingt volumes dans sa langue maternelle et presque autant en latin. Malgré les diverses maladies dont il souffrait, il n’en continuait pas moins ses efforts, disant : « Si je mourais dans mon lit, ce serait une honte pour le pape. »

On attribue généralement le grand succès de Luther à son intelligence extraordinaire et à ses dons remarquables. En réalité, il avait coutume de prier pendant des heures entières. Il disait que s’il ne passait pas deux heures en prière le matin, il s’exposait à ce que Satan gagne la victoire sur lui dans la journée. Un biographe écrivit : « Le temps qu’il passe à prier engendre le temps nécessaire pour tout ce qu’il fait. Le temps qu’il passe à sonder la Parole vivifiante, lui emplit le cœur qui ensuite déborde dans ses sermons, dans sa correspondance et dans ses enseignements. »

Sa femme disait que les prières de Luther « ressemblaient parfois aux demandes insistantes de son petit garçon Hanschen qui avait confiance en la bonté de son père ; parfois aussi, c’était comme la lutte d’un géant dans les affres du combat. »

Dans L’Histoire de l’Eglise chrétienne de Souer, on peut lire : « Martin Luther prophétisait, évangélisait, parlait en langues et les interprétait, il manifestait tous les dons du Saint-Esprit. »

A soixante-deux ans, il fit son dernier sermon sur le texte : « Cachez ces choses aux sages et aux connaisseurs et révélez-les aux enfants. » Ce même jour, il écrivit à Katharina, son épouse bien-aimée : « Remets ton fardeau au Seigneur et il te soutiendra. Amen ». Cette phrase est tirée de sa dernière lettre. Toute sa vie il s’attendait à ce que le pape parvînt à mettre à exécution sa menace répétée de le faire brûler vif. Toutefois, ce n’était pas la volonté de Dieu. Le Christ l’appela à lui lors d’une crise cardiaque à Eisleben, sa ville natale.

Les dernières paroles de Luther furent : « Je vais remettre mon esprit ». Puis il loua Dieu à haute voix : « Ô, mon Père céleste ! mon Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui je crois, que j’ai prêché et à qui je me suis confessé, que j’ai aimé et loué [...] Ô, mon Seigneur bien-aimé Jésus-Christ, je te recommande ma pauvre âme. Oh, mon Père céleste, très bientôt, je devrai abandonner ce corps, mais je sais que je resterai éternellement auprès de toi et que rien ne pourra m’arracher de tes mains ! » Puis, après avoir récité trois fois Jean 3:16, il répéta : « Père, en tes mains je remets mon esprit, pour que tu me délivres, Dieu fidèle », puis il ferma les yeux et s’endormit.

Un immense cortège de croyants qui l’aimaient sincèrement, précédé de cinquante cavaliers, sortit d’Eisleben pour se rendre à Wittenberg, passa la porte de la ville où le Réformateur avait, des années plus tôt, brûlé la bulle d’excommunication et entra par les portes de cette même église où, il y avait vingt-neuf ans, Luther avait affiché les 95 thèses. Pendant le culte funèbre, le pasteur Bugenhagen et Melanchthon, le compagnon inséparable de Luther, prononcèrent chacun un discours. Puis, on ouvrit la sépulture, placée auparavant à côté de la chaire et on y déposa le corps de Luther.

Quatorze ans plus tard, le corps de Melanchthon trouva le repos de l’autre côté de la chaire dans cette même église. Autour de ces deux sépultures, reposent les dépouilles de plus de quatre-vingt-dix maîtres de l’Université.

Les portes de l’église du château furent détruites par un incendie pendant le bombardement de Wittenberg en 1760, mais elles furent remplacées par des portes en bronze en 1812, sur lesquelles on trouve gravées les 95 thèses. Mais ce grand homme, qui persévéra dans la prière, laissa gravée, non dans le métal qui finit par se ronger, mais dans des centaines de millions d’âmes immortelles, la Parole de Dieu qui portera ses fruits pour l’éternité.

 

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