LES VAUDOIS

LES VAUDOIS

Procès de sorcellerie au XIVème siècle et au XVème siècle - Affaire des vaudois d'Arras

Au XIVème et au XVème siècle, on voit les procès de sorcellerie se multiplier d'une manière extraordinaire, prinicpalement en Espagne et en Italie. Les accusés appartiennent à toutes les classes de la société, aux plus éclairées comme aux plus ignorants, et les membres du clergé ne sont même pas épargnés.

Pierre d'Albano, écrivain italien et savant fort distingué, fut accusé d'avoir appris les sept arts libéraux par le secours de sept démons. On voulut le convaincre d'avoir enfermé ces sept démons dans une grosse bouteille qu'on trouva chez lui remplie d'une mixtion de sept drogues différentes. Il fut mis en prison à l'âge de quatre vingts ans ; on lui fit un procès, mais il mourut avant le jugement ; et comme il n'avait point été condamné, on l'enterra d'abord dans l'Eglise Saint Antoine de Padoue. Bientôt les Inquisiteurs le firent déterrer, et par ordre, on brûla ses os dans la grande place.

En 1453, le prieur de Saint Germain en Laye, Guillaume Edeline, docteur en théologie, fut accusé de s'étre donné au démon dans l'intention de posseder une femme dont il etait vivement épris, et de s'être trouvé souvent au Sabbat. La sentence fut prononcée à Evreux ; mais protégé qu'il était par sa qualité de prêtre, il en fut quitte pour une prison perpetuelle, et le pain et l'eau pour toute nourriture.

Ce fut surtout dans les procès intentés aux Vaudois que se révélerent en France la sottise et la cruauté des lois, la crédulité des juges et la pervesité de certains hommes qui exploitaient dans un interet de vengeance et de fortune l'ignorance et la méchanceté de leurs contemporains. Les Vaudois du XVe siècle sont mentionnés pour la première fois dans une bulle du pape Eugéne IV donnée à Florence le 10 avril 1439. Eugéné accuse Amédée VIII, duc de Savoir, que le concile de Bâle venait d'élire pape, aprés l'avoir déposé lui même, de s'être laissé seduire par des sorciers, frangules, straganes ou vaudois, et de s'être servi de leur aide pour l'exécution de ses coupables projets.

Voici ce que dit Monstrelet :

Le Duc, le prince et l'ouvrier de toute cette néphande oeuvre a esté ce trés desloyal Sathan Asmodus, jadis duc de Savoye, lequel jà piéça a ces téné de plusieurs fauches prenostications et sorceries de plusieurs inexcérés et maulditz hommes et femmes, lesquelsz ont délaissé leur Sauveur derrière et se sont convertiz apres Sathan, séduitz par illusion de dyables, lesquelz en commun langage sont nommés sorceries, frangules, stragales ou vaudois, desquels on dit en avoir grant foison en son pays. Et par telles gens, jà passé aulcuns ans, a esté séduyt tellement que affin que il peust esleue estre ung chief monstrueux et difforme en l'Eglise de Dieu, il print ung habit de hermite.

Les accusations de vauderie se multipliérent bientôt avec une estreme rapidité, principalement au nord de la France, en Flandre et en Picardie. Dans un chapitre général des frères prêcheurs tenu à Langres en 1459, un nommé Robinet de Vaulx, natif de Héburtene, en Artois, condamné au feu comme vaudois ou sorcier, car les deux noms étaient synomymes, signala un grand nombre de personnes comme coupables du même délit. De nouvelles arrestations furent faites, et les vicaires de l'évêque d'Arras, voyant que le nombre des accusés augmentait dans une proportion effrayante, et de plus que les faits etaient loin d'être prouvés, furent d'avis d'abandonner les poursuites. Jacques Dubois, docteur en théologie, et l'évêque Jean Faulconnier, soutinrent au contraire la culpabilité, et prétendirent que aussitôt qu'un homme estoit print et accusé pour ladicte vaulderie, on ne les debvoit aider ny secourir, feust père, mère, frère ou quelque autre proche parent ou amy, sous peine d'être pris pour un vaudois . Ces doctrines prévalurent. La pitié fut interdite ; on nomma des commissions composées de clercs, de moines et je jurisconsultes, on amena les accusés, la tête couverte d'une mitre, sur un échaffaud au milieu de la cour du palais épiscopal ; et là, l'Inquisiteur Pierre Broussard leur reprocha d'avoir assisté au sabbat.

On les soumit ensuite à la torture, et quand on leur demandé si les faits allégués contre eux étaient réels : vaincus par la douleur, ils répondirent que oui. Peu de jours après on les brûla, et tous en mourant protestèrent de leur innocence.

L'année suivante, en 1460, de nouvelles éxecutions eurent lieu. Mais en 1461 le nouvel évêque, Jean Geoffroy qui pendant toutes ces scénes lugubres avait été absent de sa ville épiscopale, y revint enfin pour mettre un terme à ces cruautés ; il désapprouva vivement la conduite des juges ; le parlement s'intéressa dans l'affaire, on relâcha les prétendus vaudois qui se trouvaient encore en prison, et trente ans plus tard, le 10 juillet 1491, la mémoire des malheureuses victimes de cette odieuse persécution fut solennellement réhabiltée au lieu même où elles avaient subi le dernier supplice.

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