La Persécution sous l'empire Romain

 

Causes des persécutions  :

Dès le Ier siècle, la religion chrétienne fut portée dans presque toutes les parties du monde connu des anciens. Partout elle eut à surmonter de grands obstacles et de nombreuses contradictions. La vérité a toujours été méconnue et persécutée, parce qu'elle ne peut subsister avec l'erreur et le vice, et que les passions se redressent furieuses contre ce qui tend à les réprimer.

Les persécutions étaient ordinairement provoquées par les empereurs romains ou par la haine particulière des magistrats, quelquefois aussi pour le soulèvement des peuples.

Pendant les trois premiers siècles, on compte dix grandes persécutions générales contre les chrétiens : elles furent ordonnées par les empereurs romains, maîtres de la plus grande partie du monde.

Persécutions sous Néron (en 74)

L'église avait déjà beaucoup souffert de la part des Juifs et des païens, mais ces persécutions n'étaient pas générales. L'empereur Néron fut le premier qui employa le pouvoir souverain contre les chrétiens.

Ce prince cruel, irrité de ce que plusieurs personnes de son palais avaient abandonné le culte des idoles, publia un édit pour défendre d'embrasser la religion chrétienne : ce fut à l'occasion de l'incendie qui dévora presque toute la ville de Rome.

Néron avait fait mettre le feu à la ville pour le seul plaisir de la voir brûler, et pour la rebâtir ensuite avec plus de magnificence. Il rejeta ce crime sur les chrétiens, et leur fit souffrir les plus cruelles tortures. Quelques-uns furent enveloppés de peaux de bêtes sauvages, et exposés à des chiens pour en être dévorés. D'autres, revêtus de tuniques enduites de résine et de soufre, étaient attachés à des poteaux et servaient durant la nuit à éclairer les jeux du cirque.

 

Mort de  Pierre et  Paul (en 67)

Ce fut pendant la persécution de Néron que Pierre et  Paul terminèrent leur vie par le martyre. Ces saints apôtres, gardés neuf mois dans la prison Mamertine, y convertirent deux de leurs gardes et quarante sept prisonniers. 

Les fidèles de Rome ménagèrent à saint Pierre le moyen de s'évader. L'apôtre céda à leurs instances, mais lorsqu'il fut arrivé à la porte de la ville, Jésus-Christ lui apparut, et lui dit qu'il allait à Rome pour y être crucifié de nouveau.  

Il retourna à la prison, et les 29 juin de l'an 67, il fut condamné à subir le supplice de la croix sur le mont Janicule. Il demanda à être attaché la tête en bas, se jugeant indigne de mourir de la même manière que son divin Maître.

Paul, qui était citoyen romain, eut la tête tranchée dans un endroit nommé les Eaux Salviennes.

 

Persécutions sous Domitien (en 93)

Les chrétiens un moment tranquilles sous les règnes de Vespasien et de Titus, furent de nouveau persécutés par Domitien. Parmi la multitude de personnes de tout âge et de toute condition que cet empereur fit mourir.

 

Persécutions sous Trajan, Adrien et Antonin (en 106)

 

Trajan, dont l'histoire loue d'ailleurs la sagesse et la clémence, ne rendit pas de nouveaux édits contre les chrétiens, mais il voulut que les lois sanguinaires déjà portées par ses prédécesseurs fussent exécutées dans les différentes parties de l'empire.  

Persécutions sous Marc-Aurèle (en 166)

L'empereur Marc-Aurèle, prévenu par les calomnies dont on chargeait les chrétiens, renouvela les édits de persécutions. Les premières violences s'exercèrent à Smyrne.

 

Persécutions sous Septime-Sévère (en 202)

L'empereur Septime-Sévère parut d'abord favorable aux chrétiens, mais la neuvième année de son règne il publia contre eux de sanglants édits, qui furent exécutés avec rigueur.

Cette persécution commença en Egypte d'où elle s'étendit à Carthage et jusque dans les Gaules.

 

Persécutions sous Maximin le Thrace (en 235)

 

Les persécutions s'exercèrent.

La Persécution de Dèce  

249 - 251
Dèce

(Cneius Messius Decius)

 

trajanus decius

Dèce est né à Sirmium (aujourd'hui Mitrovica en Serbie) dans les premières années du IIIe siècle. Nous ne savons pratiquement rien de lui avant 249, année où il fut proclamé empereur par l'armée du Danube. Tout ce que l'on peut présumer à son sujet, c'est qu'à l'instar de tous les autres souverains d'origine balkanique qui gouvernèrent Rome à cette époque, sa carrière fut purement militaire. Cependant, au cours du règne de Philippe l'Arabe, Dèce semble avoir atteint un grade suffisamment élevé pour lui permettre de siéger au Sénat.

En 249, Philippe l'Arabe régnait depuis plus de quatre ans. Un peu partout dans l'Empire, le mécontentement grandissait.
Le peuple s'indignait de voir les Chrétiens, très nombreux dans l'entourage de l'empereur qui lui-même était Chrétien, accaparer tous les honneurs, toutes les fonctions lucratives.
Quant à la toute-puissante armée, elle était excédée par la politique de faiblesse de l'empereur envers les Perses. Plutôt que de vaincre cet adversaire affaibli par une longue suite de victoires romaines, Philippe n'avait-il pas préféré acheter la paix à l'ennemi héréditaire en lui versant un tribut annuel colossal ?

Après l'échec de l'usurpation d'un certain Jotapianus en Syrie, ce fut au tour des légionnaires stationnés sur le Danube d'acclamer l'un de leurs sous-officiers, un nommé Pacatianus. Cette révolte, d'ailleurs étouffée dans l'œuf, avait, dès qu'elle fut connue à Rome, fortement ému Philippe l'Arabe qui s'était répandu en larmes devant les dignes Sénateurs romains
Il revint, dit-on, au Sénateur Dèce, d'atténuer les craintes impériales : ce Pacatianus, ce n'était rien… de l'écume, qui retomberait aussi vite qu'elle était montée ! Il fallait traiter toute cette agitation par le mépris.

L'échec de la révolte de Pacatianus, tué par ses propres troupes, donna bien vite raison à Dèce. L'empereur Philippe songea alors que cet homme de bon conseil, à la fois honorable sénateur et général respecté, était la personne toute désignée pour aller remettre au pas ces turbulentes légions danubiennes.

Erreur fatale !
Dès l'arrivée de Dèce, les soldats, toujours mécontents, l'acclamèrent comme empereur malgré ses plus vives protestations. Bon gré, mal gré, pour sauver sa peau menacée soit par l'empereur Philippe, soit par les soldats surexcités, Dèce fut contraint de se mettre à la tête des mutins et de marcher sur l'Italie afin de détrôner son concurrent.

La bataille décisive se déroula près de Vérone. L'empereur Philippe l'Arabe fut tué, tandis que son fils (Philippe Junior), qu'il avait associé au trône, était massacré à Rome par les Prétoriens.

Les historiens présentent volontiers Dèce comme un vieux réactionnaire qui, en persécutant les Chrétiens, aurait vainement tenté de restaurer l'unité morale d'un Empire romain déjà moribond. Mais, en fait, Dèce ne régna que deux ans et il consacra le plus clair de son court règne à batailler aux frontières contre les Goths qui commençaient à causer de sérieux ennuis aux Romains dans les Balkans. Il lui resta donc sans doute pas beaucoup de temps pour se préoccuper d'éventuels problèmes d'assimilation socio-religio-culturelle que lui aurait posés l'expansion du christianisme… Surtout si ces "Premiers Chrétiens" n'étaient que les doux rêveurs inoffensifs qu'on se plait à nous dépeindre ! Mais nous reviendrons plus loin et plus longuement à cette "Persécution de Dèce".

herennia

herennius, fils de decius

Faute de sources historiques (tant chrétiennes que païennes), le règne de Dèce est assez mal connu. Même la chronologie est controversée.
Ce dont nous sommes à peu près sûrs se résume en quelques lignes :

Dès son accession au trône (été 249 ?), il nomma co-empereur (Augustus) ses deux fils Herennius et Hostilien, puis il se rendit à Rome afin de recevoir l'hommage du Sénat.
En mars 251 (?) il partit en campagne contre les Goths et jamais n'en revint. Les légions romaines, supérieures par le nombre et la discipline, encerclèrent les hordes barbares dans un marécage, ne leur laissant d'autre choix que de combattre ou de mourir. Les Goths se battirent donc…, et à la fin de la journée, les corps inanimés de Dèce et de son fils Herennius gisaient au fond du marais, entourés d'une multitude de cadavres de légionnaires romains (juin 251).

 

 

hostilien, fils de decius

La Persécution de Dèce 

decius

 

Bien que le texte de l'édit persécuteur ne nous soit pas parvenu et que les chroniqueurs païens ne disent mot des persécutions chrétiennes, la majorité des historiens modernes pensent que l'empereur Dèce, souhaitant rétablir l'unité idéologique de l'Empire, aurait obligé tous les citoyens romains à manifester leur patriotisme. Tous, sous peine de mort, auraient été tenus d'offrir un sacrifice aux dieux tutélaires de l'État. On nous dit également que très nombreux furent les Chrétiens qui refusèrent cette concession à l'idolâtrie et connurent la fin glorieuse des martyrs.

Certes, il semble évident que, pendant le règne de Dèce, le libre exercice de la religion était devenu moins facile qu'aux époques précédentes. Mais faut-il pour autant parler de "persécution générale" ?

S'il s'agissait réellement de restaurer l'unité idéologique de l'Empire par le biais de l'éradication générale, radicale et impitoyable d'une religion "déviante", bon nombre de faits rapportés par des auteurs chrétiens contemporains s'expliquent assez difficilement. Pour un martyr avéré (ou soi-disant tel), comme, par exemple, le pape Fabien, exécuté à Rome au début de l'année 250, combien de Chrétiens, même parmi les plus éminents, échappent à toute poursuite avec une facilité confondante !

Alors que l'édit prévoyait, dit-on, la mort pour tous les irréductibles Chrétiens, le grand saint Cyprien de Carthage se retire simplement dans sa maison de campagne et, de là, continue à diriger ses ouailles !
Son collègue d'Alexandrie connaît, grosso modo, le même sort.
Quant au grand théologien Origène, son cas est encore plus bizarre. Lui, il est arrêté, horriblement torturé, paraît-il… et puis on le relaxe, comme s'il ne s'était rien passé ! D'autres Chrétiens sont condamnés au bagne…
D'autres sont libérés après avoir "témoigné de leur foi" devant le juge romain !
Et tout cela alors que l'édit perdu de Dèce ne prescrivait, paraît-il, qu'une seule peine - la mort - pour tous ceux qui refusaient de sacrifier aux dieux de l'Empire.
Les lois romaines n'étaient guère susceptibles d'interprétation, que je sache ? Dura lex sed lex n'est pas un proverbe latin pour des prunes !

En outre, la portée effective de l'édit pose aussi problème.
S'agissait-il réellement d'obliger réellement tous les habitants de l'Empire, sans exception, à sacrifier aux dieux ?
Au moment où des envahisseurs menaçaient toutes les frontières, était-il bien raisonnable d'envisager une mesure d'une telle ampleur, source de désordres infinis et d'innombrable paperasserie ?

Il serait un peu trop fastidieux d'exposer ici toutes les incohérences qui surgissent si l'on accepte la version (officielle) d'un édit de persécution universelle que Dèce aurait promulgué afin d'éradiquer une innocente religion au seul motif que cette doctrine aurait menacé la cohésion de l'Empire. Mieux vaut en venir directement à ce qui, à mon avis, s'est réellement passé.

Quand Dèce prend le pouvoir en 249, il a quelques bonnes raisons de se méfier des Chrétiens, ces coreligionnaires de Philippe l'Arabe, son prédécesseur assassiné.
À la fin de la campagne de Perse, en 244, et alors qu'au vu de la situation militaire, on se dirigeait plutôt vers un statu quo ante, Philippe avait, nous l'avons dit, signé avec Sapor, le Roi des Rois, un traité de paix humiliant pour Rome. Dèce avait de fort bonnes raisons de soupçonner les Chrétiens d'être à l'origine cette paix bâclée.

Il faut dire que Sapor, pour briser le pouvoir exorbitant des mages zoroastriens, ainsi que pour rallier à sa personne les dissidents de Rome au moment où il allait se lancer à la conquête des provinces orientales de l'Empire, avait autorisé Mani, un Babylonien longtemps adepte d'une secte chrétienne, à prêcher sa doctrine dans ses états.
Or, pour le Roi des Rois Sapor, pour l'empereur romain Dèce, et même pour les doctrinaires chrétiens de ce temps, la doctrine de Mani n'était qu'une hérésie chrétienne parmi d'autres. Et comme ce "christianisme rebouilli à la sauce mésopotamienne" était en passe de devenir la religion officielle de l'Empire perse, il n'y avait rien d'étonnant à ce que l'empereur Dèce impute aux Chrétiens la responsabilité du désastreux traité de 244. Car pour lui, c'était clair : une paix honteuse avait été achetée par un traité d'amitié entre Philippe, empereur crypto-chrétien, et Sapor, Roi des Rois crypto-manichéen et de ce fait crypto-chrétien lui aussi.

En outre, si, en Orient, la collusion des Chrétiens avec l'ennemi héréditaire perse était probable, en Occident leur trahison était certaine. À la mort de Philippe l'Arabe, son frère Priscus, Chrétien comme toute la famille de l'empereur assassiné, s'était révolté et avait fait alliance avec les terribles Goths. Soutenu par ses dangereux alliés, Priscus avait revêtu la pourpre impériale et menaçait de marcher sur Rome.

Si l'Empire romain voulait survivre, il était donc impératif de contrer la menace chrétienne. Mais comment ?
Philippe l'Arabe avait placé tous ses amis chrétiens aux postes de commandement.
Une épuration radicale s'imposait d'urgence. Ce fut ce qu'on appellera "la persécution de Dèce"

Dans un premier temps, Dèce fit exécuter les personnages les plus en vue de l'ancien régime dont la plupart, naturellement, étaient chrétiens.
Après avoir supprimé les inspirateurs de la politique de Philippe l'Arabe, Dèce ordonna qu'on interroge les principaux dignitaires chrétiens sur leurs relations avec les ennemis de l'État, avec Priscus ou avec l'ennemi perse.
C'est dans ce cadre que le grand Origène fut arrêté et torturé. Coupable de haute trahison ou non, Origène qui, dans sa jeunesse avait, pour la plus grande gloire de Dieu, supporté la douleur d'une castration volontaire, résista à tous les mauvais traitements. Faute d'aveux et de preuves, il fut relâché.
Cyprien à Carthage et Denys à Alexandrie, eux, préférèrent prendre la poudre d'escampette.

Mais si Origène était resté silencieux sous la torture, les arguments frappants des bourreaux romains avaient su convaincre d'autres Chrétiens. Ils se montrèrent intarissables : la liste des suspects de connivence avec l'ennemi s'allongeait de jour en jour. L'empereur Dèce se résigna alors à appliquer dans toute sa rigueur la législation de Trajan (ce prince qu'il admirait entre tous !). Selon cette jurisprudence, les Chrétiens opiniâtres, s'ils avaient enfreint la loi, étaient passibles de la peine de mort.

La mesure de Dèce, qui n'était pourtant que l'application stricte d'un vieux règlement, sema la panique dans les rangs chrétiens. La communauté vivait en paix depuis si longtemps !
Certes, parmi ces Chrétiens "de base", beaucoup (les soldats convertis par exemple) savaient qu'ils n'avaient rien à craindre et nul ne pourrait jamais douter de leur loyauté envers l'Empire. Mais, pour bien d'autres, à la conscience moins nette ou simplement d'un naturel plus craintif, la remise en vigueur de l'antique réglementation de Trajan fut une véritable tragédie. Certains, même sans faire l'objet d'aucune pression, se ruèrent dans les temples et s'empressèrent de sacrifier aux dieux. D'autres soudoyèrent l'un ou l'autre fonctionnaire afin d'obtenir des certificats attestant qu'ils avaient brûlé quelques grains d'encens devant la statue de l'empereur. Mesure prophylactique !

Si ces Chrétiens esquivaient la persécution sans trop de problèmes, d'autres, liés aux mouvements les plus radicaux du christianisme, n'avaient aucune chance d'échapper aux poursuites : leur réputation d'extrémistes était connue urbi et orbi.
Beaucoup de ces illuminés, imitant Cyprien de Carthage et Denys d'Alexandrie, entrèrent dans la clandestinité. Étant entendu qu'il ne s'agissait pas "de prendre le maquis" passivement ! Cette expression doit être prise dans le sens qu'elle avait à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. C'est seulement, ainsi, en entrant dans "l'Église militante", que le titre hautement respecté de "Témoin de la Foi", de "Confesseur" pouvait être conquis.
Mais si l'on voulait quand même mériter le titre glorieux de "confesseur" sans entrer dans la Résistance, il fallait agir comme les personnages les plus vénérés de la secte. Pour eux, c'était un péché infâme que de tenter seulement de se soustraire à la persécution. Convoqué au tribunal, il fallait s'y rendre l'œil en fleur et la fleur aux dents, injurier empereur, magistrats et bourreaux, subir les supplices en louant Dieu et, si le juge se montrait inflexible, accepter la mort glorieuse des martyrs comme récompense suprême.

Il est impossible de se livrer à une estimation du nombre des victimes de cette répression. Tout porte cependant à croire qu'il fut limité : dès 251, à peine quelques mois après la fin de cette persécution, nous retrouvons les communautés chrétiennes de Rome et de Carthage plus florissantes que jamais, peuplées et actives, organisant des réunions et soutenant financièrement ses adhérents en difficulté !

Les condamnations à mort punissaient des crimes de haute trahison ou des délits de droit commun, pas des motifs religieux, et elles furent sans doute rares. Et naturellement, les grandes métropoles et les régions où les Chrétiens extrémistes étaient le plus nombreux (Afrique, Antioche, Rome, Alexandrie) furent plus durement frappées.

L'ampleur et le soin apporté aux recherches dépendaient aussi du zèle des magistrats locaux et de leur fidélité à l'empereur Dèce, dont le pouvoir n'eut guère le temps de s'établir fermement partout dans l'Empire. De plus, des pogroms anti-chrétiens pouvaient toujours survenir.

Bien sûr, les auteurs chrétiens contemporains ne nous parlent guère que des martyrs et des lapsi, ces faibles qui renièrent leur foi. C'est bien normal. Les martyrs étaient la gloire de l'Église et la réintégration des lapsi posait un douloureux problème pénitentiel. Mais ce serait une erreur de réduire la communauté chrétienne de l'époque à ces deux groupes de croyants, à l'attitude si violemment contrastée. L'Église n'était pas constituée uniquement de héros ou de lâches. Et puisque nous savons par saint Cyprien que, même au plus fort de la "persécution", des "Confesseurs" intervinrent afin que certains lapsi soient réintégrés dans la "communion de l'Église", c'est que cette Église ne se réduisait pas à ces deux catégories de fidèles… et que tous les "Confesseurs de la Foi" ne périssaient pas sous la griffe des lions ou sous la hache du bourreau !

Plus que tout autre indice, c'est la diversité de comportement des Chrétiens lors de la "persécution" qui montre que l'édit présumé de Dèce ne pouvait être ce que disent la majorité des historiens chrétiens.

Si cette loi stipulait uniquement que tous les citoyens de l'Empire devaient sacrifier aux dieux sous peine de mort, la marge de manœuvre et d'appréciation des magistrats chargés de l'appliquer aurait été quasi nulle. Et comme, en général, les rescrits impériaux ne laissaient guère de place à l'interprétation, et les prétoires se seraient bien vite transformés en charniers.

Et comme aucune source historique ne nous décrit de telles hécatombes…

 

 

253 - 260
Valérien

(Suite et fin)

 

 La Persécution de Valérien  

valerianus

 

Dans les quatre premières années de son règne, Valérien s'était montré particulièrement amical à l'égard du christianisme. Son premier édit de persécution, publié au mois d'août 257, fut donc, pour les Chrétiens, une totale - et fort mauvaise - surprise. Dans un décret au ton très modéré, nous disent les auteurs chrétiens du temps, l'empereur ordonnait aux évêques, sous peine d'exil, de sacrifier aux dieux de l'Empire. Il interdisait aussi aux Chrétiens de se rassembler dans les cimetières… Enfin, c'est ce qu'on peut induire de sources indirectes car le texte de l'édit est perdu.

En application de ce décret, les évêques Cyprien de Carthage et Denys d'Alexandrie furent exilés, le premier dans un de ses domaines tout proche de sa cité épiscopale, l'autre dans une paisible oasis du désert libyen. Curieusement, le pape Sixte II, alors qu'il résidait, naturellement, dans la capitale impériale, sous les yeux mêmes de l'empereur, ne fut pas inquiété et continua à diriger paisiblement l'Église.

L'année suivante, au mois d'août 258, un deuxième édit, beaucoup plus sévère, est publié contre les Chrétiens.

Ici, nous possédons le témoignage direct de saint Cyprien de Carthage : "L'empereur Valérien a envoyé au Sénat un rescrit par lequel il décide que les évêques, les prêtres et les diacres seront immédiatement mis à mort. Les sénateurs, les notables et ceux qui portent le titre de chevaliers romains seront privés de toute marque de dignité et même de leurs biens. Si ensuite, même après confiscation de leurs biens, ils devaient s'entêter dans leur profession de foi chrétienne, ils devront être condamnés à la peine capitale. Les matrones chrétiennes subiront la saisie de tous leurs biens et seront ensuite envoyées en exil. À tous les fonctionnaires impériaux qui ont déjà confessé la foi chrétienne ou qui devraient la confesser à présent, on confisquera également tous leurs biens. Ils seront ensuite arrêtés et enrôlés parmi les préposés aux propriétés impériales". (Cyprien, Epist., LXXX).

C'est clair et net : les membres du clergé chrétien doivent être exécutés séance tenante ; les biens des notables romains convertis au christianisme seront confisqués, et si ces opiniâtres refusent d'abjurer, ils seront également exécutés ; les dames chrétiennes seront exilées après avoir été dépouillées de leurs richesses ; et enfin les fonctionnaires opiniâtres seront eux aussi privés de leurs biens et envoyés aux travaux forcés.

Inutile de le nier, nous voilà bien en face du premier "édit de persécution" historiquement assez bien avéré. Il paraît donc impossible de douter de la réalité de la répression qui frappa les Chrétiens au temps de Valérien.

Reste à connaître les raisons de ce décret.

Puisque l'on parle de "persécution religieuse", est-ce bien en tant que religion que le christianisme fut poursuivi ?
Là, les choses se compliquent un peu !

gallien

L'évêque Denys d'Alexandrie prétend que Macrien, ministre des finances de Valérien et membre éminent de confréries païennes égyptiennes, aurait, par des tours de magie noire, convaincu l'empereur que tous les maux de l'Empire provenaient d'"ondes négatives" émises par les Chrétiens. Il fallait donc abolir d'urgence leur religion perverse.

Sur base de ces ragots, nombre d'historiens modernes n'ont vu dans le vieux Valérien qu'un païen fanatique, un "réactionnaire idolâtre" qui, par ses édits persécuteurs, aurait tenté de briser la "Révolution de la Croix".
Cependant, l'hypothèse d'une "Contre-Révolution païenne" dirigée par Valérien ne tient pas la route. En effet, si l'on ne connaît pas très bien les convictions philosophiques de Valérien, on est, en revanche, certain de celles de son fils Gallien, celui qu'il avait associé au trône en lui confiant le gouvernement de l'Occident romain. Or ce Gallien fut effectivement, lui, un adepte convaincu du néo-platonisme. Et pourtant, dès qu'il assuma seul le gouvernement de l'Empire, Gallien publia un édit de tolérance qui donnait presque un statut légal au christianisme.
Il est donc bien difficile de croire que Valérien, hypothétique sectaire néo-platonicien, persécuta les Chrétiens par fanatisme philosophique alors que son fils qui était, lui, un disciple convaincu des philosophes néo-platoniciens, donna presque un statut légal au christianisme !

D'après les historiens chrétiens, l'empereur Valérien aurait eu une seconde fort bonne raison de persécuter les Chrétiens. Il aurait voulu s'emparer de leurs richesses pour assainir les finances d'un Empire au bord de la ruine financière et de la catastrophe militaire.

Naturellement, si, à l'instar de ces très catholiques auteurs, on admet la nature effroyable des persécutions de Dèce et de Gallus, il est bien difficile d'admettre que seulement quatre ans plus tard, en 257, les richesses de cette Église, qui aurait dû encore être pour le moins convalescente, suscitaient tant de convoitise. Elles auraient même suffi à renflouer le gouffre sans fond du Trésor public romain ! Diable de redressement économique !
Quant à nous, qui doutons de l'ampleur (sinon de la réalité) de la "persécution de Dèce", nous pouvons reconnaître sans risque de contradiction que le mobile "économique" des édits de Valérien demeure une hypothèse plausible. D'ailleurs, en 258, le deuxième décret impérial, avant de menacer la vie des Chrétiens, ordonnait la confiscation des biens des notables, des matrones et des fonctionnaires chrétiens. D'autre part, il est tout aussi vrai que la situation quasi désespérée de l'Empire romain, en proie aux invasions, aux épidémies, à la guerre civile et menacé de banqueroute, pouvait justifier tout expédient susceptible de fournir au fisc l'indispensable "nerf de la guerre".

Cependant, le mobile "financier" n'explique pas pourquoi ce n'est qu'après quatre longues années de règne que Valérien commença à guigner les trésors chrétiens, lui qui avait jusque-là protégé la secte comme nul empereur ne l'avait fait avant lui. Si l'objectif de Valérien avait été de confisquer les biens de l'Église, il aurait certainement commencé par là !

La convoitise des richesses de l'Église déjà opulente en ce milieu IIIe siècle est certes une des causes probable de la "persécution de Valérien", mais ce n'est pas la seule. Il existe à cet acharnement subit de l'empire envers le christianisme une autre raison probable, plus diffuse, plus secrète, plus occulte.

À mon avis, voici que qui s'est passé.

Dans ces années 253-257, tout se liguait contre l'Empire. C'était vraiment l'Apocalypse !
Le découragement de l'empereur atteignit son comble quand il apprit que le roi de Perse Sapor avait annexé l'Arménie, jusqu-là protectorat romain et menaçait la Syrie ainsi que la riche cité d'Antioche. Si rien n'était fait, après la Syrie, ce seraient la Palestine, et la riche Égypte, le grenier de Rome, qui tomberaient, aux mains des Asiatiques.

Or que disaient certains rapports provenant d'Orient ?
Ils précisaient que de nombreux Chrétiens accueillaient les envahisseurs perses en libérateurs. D'aucuns de ces fanatiques anarchistes favorisaient même la progression des armées ennemies, soit en leur fournissant d'utiles renseignements sur la disposition des troupes romaines ou sur les faiblesses des villes assiégées, soit en retardant l'approvisionnement des légions. Les plus excités allaient jusqu'à prendre les armes aux côtés des Perses.

Dans un premier temps, Valérien répugna à croire pareille forfaiture. Lui-même n'était-il pas, depuis le début de son règne, l'ami avéré des Chrétiens, ne protégeait-il pas leur Foi ?
Longtemps, le vieux Valérien résista à son ministre des finances Macrien qui, aussi de soucieux d'équilibrer son budget que de punir ces traîtres présumés, lui conseillait de profiter de ces rumeurs pour dépouiller l'Église de toutes ses richesses.

Au mois d'août 257, le roi Sapor se trouvait devant les murs d'Antioche. C'était justement dans cette ville-là, qu'au milieu du Ier siècle, les adeptes du Christ avaient, pour la première fois, pris le nom de "Chrétiens". On conçoit donc que, deux siècles plus tard, ils formaient au sein de la vieille cité syrienne une communauté aussi remuante que puissante.

Et encore et toujours parvenaient à l'empereur Valérien ces mêmes rapports qui parlaient de collusion entre Chrétiens et Perses… Si les Chrétiens d'Antioche trahissaient, la riche métropole était perdue !

Il fallait impérativement faire quelque chose pour s'assurer de la loyauté de ces sectaires.

Ce sera le premier "édit de persécution".
Gardant un ton très modéré, Valérien ordonnait aux évêques, diacres et prêtres d'offrir un sacrifice aux dieux de Rome. Ceux qui refusaient devaient être exilés. D'autre part, il était interdit aux fidèles de tenir des assemblées secrètes en dehors des villes. Dans l'esprit de Valérien, il ne s'agissait nullement de "persécuter" la religion chrétienne de quelque manière que ce soit. L'empereur voulait seulement s'assurer de la loyauté patriotique des cadres chrétiens. L'hommage aux dieux de l'État était le seul moyen dont Valérien disposait pour cela ; il n'allait quand même pas leur demander de prêter serment sur la Bible !
Ceux qui refusaient de se présenter devant les autels des divinités ne devaient pas être exécutés. C'aurait été une mesure aussi barbare qu'inutile. L'exil suffisait à assurer la sécurité publique, car loin de leur base populaire, les leaders chrétiens seraient désormais incapables de fomenter des troubles à l'intérieur de l'Empire. Isolés, ils pourraient aussi être mieux surveillés. Et enfin, ces irréductibles prélats seraient garants de la loyauté des Chrétiens d'Orient. Si les rapports qui accusaient ceux-ci de forfaiture se révélaient exacts, ces otages payeraient pour tous les traîtres chrétiens, d'Antioche et d'ailleurs.

Au milieu de l'année 258, Antioche tombe aux mains des Perses. S'effondrent aussi les dernières illusions de Valérien envers les Chrétiens.
Considérant ceux-ci - à tort ou à raison - comme responsables et de l'invasion de l'Orient romain par les Perses et de la chute d'Antioche, l'empereur prend alors à leur encontre des mesures d'une sévérité inouïe. Cependant, malgré sa colère, Valérien ne châtie pas les Chrétiens "de base". Il sait pertinemment qu'une répression générale ne provoquerait que manifestations, troubles, émeutes… Car ce n'est pas une religion que Valérien "persécute", il punit seulement des crimes politiques : trahison et lèse-majesté.

"Belle théorie ! me direz-vous. Mais où sont les preuves historiques d'une alliance entre les Chrétiens et les Perses ?"
Il serait beaucoup trop long de détailler ici l'analyse des maigres indices qui subsistent çà et là.

Signalons simplement que, précisément à cette époque, toute la chrétienté orientale (en particulier l'Église d'Égypte, mais aussi celle de Syrie et de Mésopotamie) fut prise d'une véritable fièvre millénariste. Beaucoup de Chrétiens orientaux attendaient impatiemment le retour glorieux du Christ sur terre et appelaient de tout de leurs vœux le rush final des cavaliers perses qu'ils identifiaient à ceux de l'Apocalypse. Si la police de Valérien était bien faite, l'empereur, mis au courant de cet espoir lourd de trahison, put donc légitimement concevoir quelques doutes légitimes quant à la loyauté des Chrétiens d'Orient. Surtout après les inexplicables débâcles militaires des Romains et l'invasion de la Syrie par les troupes perses !
Après la chute de la métropole syrienne d'Antioche, ces soupçons devinrent des quasi-certitudes !

Rappelons aussi qu'à cette époque, Sapor, roi des Perses, favorisait ouvertement le manichéisme. Le souverain sassanide voyait dans cette religion, fortement teintée de gnose chrétienne, "le cheval de Troie" qui lui permettrait de rallier à sa cause de larges couches de la population de l'Orient romain.
Les Chrétiens étaient presque les coreligionnaires, les alliés naturels de l'ennemi héréditaire perse. Et cela Valérien ne l'ignorait pas non plus.

Examinons maintenant les conséquences des édits de Valérien dans les diverses provinces de l'Empire romain. Pour ce faire, nous allons effectuer un petit voyage autour de la Méditerranée.

Valérien, dès son accession au pouvoir, avait associé au trône son fils Gallien, lui confiant la défense de la partie occidentale de l'Empire. Les édits de Valérien furent-ils également d'application dans ces territoires contrôlés par Gallien ?
Cela nous l'ignorons.
Bien sûr des récits hagiographiques mentionnent nombre de victimes gauloises et espagnoles, martyrisées lors de le la "Persécution de Valérien". Cependant nous savons que Gallien n'était pas hostile au christianisme, bien au contraire !
Nous pouvons donc supposer que même si les édits de Valérien valaient également pour "l'Empire" de Gallien, celui-ci ne montra aucun zèle pour les faire appliquer.
Et puis, le fils de Valérien avait bien d'autres chats à fouetter ! Même si Gallien avait voulu obéir aux ordres paternels et faire exécuter les dignitaires chrétiens, il n'en aurait eu ni le temps ni les moyens : Dès 257, soit un an avant que Valérien ne publie son terrible édit, Gallien fut contraint d'abandonner la Gaule et l'Espagne devant la menace que l'usurpateur Ingenuus faisait peser sur Rome. Ce faisant, il laissait le champ libre aux Francs et aux Alamans qui, pendant quatre ans, allaient mettre ces provinces en coupe réglée.
Comment, en 258, Gallien, aurait-il donc bien pu persécuter les Chrétiens, d'ailleurs ses futurs amis, dans des contrées désorganisées, dévastées par les Barbares ou par la guerre civile et où, de surcroît, son autorité était battue en brèche, voire inexistante ?

Au Sud-Est des états administrés (théoriquement) par Gallien, en Grèce et en Asie Mineure, les édits de Valérien ne purent sans doute pas être appliqués non plus. Ces provinces étaient ravagées par les Goths, et ceux-ci ne furent repoussés qu'après 259. Mais comme il s'agissait de régions fortement hellénisées, peuplées de païens très attachés à la civilisation gréco-romaine, le ressentiment à l'encontre de ces Chrétiens, soupçonnés d'être "la cinquième colonne" de la pénétration barbare, dut être assez vif. Vraisemblablement, la "Paix romaine" ne put être maintenue toujours et partout. La haine populaire s'exprima probablement, çà et là, par des échauffourées et des tumultes populaires où périrent les rares victimes dont quelques textes chrétiens, exagérés et déformés, nous parlent aujourd'hui.

Vers le Sud de l'Empire, les provinces de Mésopotamie et de Syrie étaient occupées par l'armée perse. Les Chrétiens, évidemment, n'y furent pas inquiétés.

Poursuivons notre petit périple autour de la Mare Nostrum en revenant vers l'Ouest.

En Égypte, le préfet Émilien ne semble avoir montré aucun zèle à mettre en application les ordres les plus rigoureux de Valérien. Quant à Denys d'Alexandrie, le chef de l'Église d'Égypte, il ne peut désigner nommément aucun condamné à mort parmi ses nombreux prêtres et diacres. Pourtant, ceux-ci auraient dû, en vertu des édits impériaux, être exilés dès 257 et exécutés l'année suivante.
Denys, lui-même se tira sans dommages de l'épreuve. Après un interrogatoire fort courtois, il fut envoyé en exil à Kephô, dans le désert de Libye, tout près de l'oasis de Siouah (ou Parætonium ou Ammonia).

Si à l'Est au Sud de Rome, diverses circonstances s'opposèrent à l'exécution des édits de Valérien, il n'en alla pas de même en Afrique (du Nord) où l'autorité impériale pouvait encore s'exercer normalement.
Proximité de Rome, situation politique et militaire "sous contrôle", le sort de l'évêque saint Cyprien de Carthage ne pouvait donc qu'être singulièrement plus tragique que celui de son confrère saint Denys d'Alexandrie. Il fut exécuté le matin du 18 septembre 258. Quant aux Chrétiens qui, aux dires des Actes soi-disant authentiques de son martyre, assistèrent en foule au jugement et au supplice du saint homme, ils ne furent pas inquiétés.
Pourtant, malgré cette prétendue nonchalance des autorités romaines, tout porte à croire que d'autres membres du clergé africain subirent le sort de leur éminent évêque Cyprien. On cite par exemple, les diacres Montanus, Lucius et Renu. Ce sont là presque les seuls noms qui nous sont parvenus, du moins en ce qui concerne la "persécution légale", exercée en Afrique par les magistrats romains en application des décrets impériaux. Peut-être y eut-il encore d'autres victimes "exécutées selon les formes de la loi", mais, de l'aveu même de l'historien très catholique Daniel-Rops, la majorité des victimes africaines de cette persécution succombèrent lors d'émeutes et de pogroms anti-chrétiens.

Paradoxalement, nous achèverons notre tour de l'Empire romain à Rome, à l'endroit même où furent promulgués ces édits persécuteurs dont nous examinons toujours les conséquences

La communauté chrétienne de Rome ne semble pas avoir été concernée par le premier édit de Valérien. Le pape Sixte II resta confortablement assis sur son trône épiscopal et continua à diriger ses ouailles.

Au début du mois d'août 258, l'empereur Valérien annonça au Sénat son intention de décapiter le mouvement chrétien, à ses yeux coupable de haute trahison. Peu de temps - quelques jours - après ce discours, le pape Sixte était mort et enterré.
Cyprien de Carthage nous apprend (Epist., 80).que Sixte "a subi le martyre avec quatre diacres le 6 août, alors qu'il se trouvait dans la zone du Cimetière ". Cette date prouve bien que l'empereur ne perdit pas de temps pour agir et qu'il voulut s'assurer rapidement de la personne de l'évêque de Rome.
Ayant appris qu'il s'était planqué dans les catacombes, accompagné d'un grand nombre de partisans, il envoya un détachement militaire pour mettre un terme à cette sédition. Quand les soldats firent irruption dans la catacombe de Prétextat, le pape, entouré de ses fidèles, était tout occupé à célébrer la messe. Flagrant délit ! Il contrevenait à (au moins) trois dispositions de l'édit impérial : il fréquentait les cimetières, ressuscitait une association interdite et tenait une assemblée illégale.

Son compte était bon ! Après avoir, manu militari, dispersé la foule chrétienne, les soldats se saisirent de Sixte et le décapitèrent séance tenante, sur le théâtre même de ses crimes. D'autres sources prétendent que le pape mourut dans l'échauffourée et que quatre diacres qui assistaient à la réunion délictueuse, furent tués en même temps que leur évêque.

Tout cela ne ressemble-t-il pas plus à une opération (musclée) de police contre une bande de factieux qu'à une appréhension de quelques illuminés, paisibles et pacifiques chanteurs de psaumes au clair de lune ?

Un diacre nommé Laurent aurait, lui aussi, péri à Rome lors de la persécution de Valérien.
Il aurait été brûlé, paraît-il, sur grill porté un rouge. Tout le monde sait cela ! Ce qui est plus révélateur, c'est que ce saint Laurent aurait exercé les fonctions le trésorier de l'Église de Rome. S'il ne faut donc retenir qu'une chose de ce martyre spectaculaire, mais à l'authenticité très douteuse, c'est la confirmation de l'hypothèse que la convoitise des richesses accumulées par les Chrétiens fut une des cause de la persécution de Valérien.

laurent

Après la liquidation des principaux dignitaires de l'Église romaine, l'empereur Valérien n'eut guère le loisir de s'attarder en Occident pour surveiller l'application de ses édits persécuteurs car il s'embarqua bien vite pour l'Orient pour livrer bataille au roi de Perse Sapor.

On connaît la suite. (Voir : Mort de Valérien)

Un beau jour de l'année 260, suite à la trahison des Chrétiens de la région d'Édesse, où l'armée perse s'était repliée comme en territoire ami, Valérien et ses légions affamées, assoiffées et décimées par la peste, se retrouvèrent, comme par enchantement, encerclées de toutes parts par les cavaliers perses.

Si Valérien avait gardé, jusque-là, quelques doutes quant à la collusion entre Chrétiens et envahisseurs Perses, ses scrupules furent alors dissipés de la plus horrible manière.
S'il regretta une seule chose ce jour-là, ce fut sans doute d'avoir, au début de son règne, accordé tant de confiance à de tels traîtres et de ne pas les avoir châtiés plus tôt et plus sévèrement !

Valérien fut capturé ainsi que toute son armée, par le Roi des Rois perse. L'empereur, rongé par la honte et les humiliations, mourut bientôt, toujours en captivité. Ses édits persécuteurs furent aussitôt abrogés par son Gallien de fils.

La grande "Persécution de l'antéchrist Valérien" n'avait pas duré plus de deux ans… Mais on en parlerait très longtemps !

martyre laurent
 

303 - 313  
 Persécutions sous Dioclétien et Maximien (en 303)

 

diocletian

Après une paix de trente années, surgit de nouvelles persécutions. Elle furent les plus longues et les plus violentes de toutes. On l'appela l'ère des Martyrs.

Dioclétien excité par Galérius, son gendre, publia quatre édits pendant son

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