L'inquisition en France

L'INQUISITION EN FRANCE
Dans la seconde moitié du 12e siècle, les hérésies prennent une ampleur inquiétante en Europe. L'Eglise cherche alors des moyens efficaces pour enrayer ce phénomène.

L'inquisition est née en France des termes du Traité de Paris, signé au pied des tours de Notre-Dame le 12 avril 1229. Mettant fin à la 2e croisade menée contre les Albigeois, l'accord certifiait l'engagement, devant Saint Louis, Roi de France, de Raymond VII de Toulouse à chasser les cathares de son comté.

Le 13 avril 1233, le Pape Grégoire IX instaure officiellement un système inquisitorial en France en annonçant qu'il conférait aux Frères Prêcheurs une autorité illimitée pour combattre l'hérésie et en nommant F. Robert dit le Bougre inquisiteur général du Royaume.

Ces événements marquent la fin du principe qu'avait énoncé Bernard de Clairvaux : Fides suadenda non imponenda (la foi doit être persuadée non imposée) et si l'hérésie ne date pas du 13e siècle, la mise en place d'une procédure légale est un fait totalement nouveau en Europe.
 
 
L'inquisition s'organise sous la forme d'un tribunal exceptionnel dont la compétence se limite à la défense de la foi. Outre son activité d'investigation, l'institution revêt la double fonction de sévir et punir. Elle n'agit cependant pas seule, le pouvoir civil se chargeant de la répression armée et de l'exécution des peines.

Créée pour lutter contre les Cathares et les Vaudois, elle étend ses activités dans tous les domaines qui seraient en contradiction avec le dogme et qui comprend aussi bien la sorcellerie que la philosophie ou même la science lorsqu'elle ne va pas dans le sens de la vision aristotélicienne du monde. Galilée lui-même devra renoncer à sa théorie sur l'héliocentrisme devant le tribunal de l'Inquisition en 1633.

En France, l'inquisition s'installe partout. Dans le Nord du royaume, l'institution semble agir de façon peu méthodique et assez désordonnée tandis que les inquisiteurs investissent en masse la moitié Sud, théâtre des plus grandes hérésies de la fin du Moyen Age. Ainsi, on distingue une Inquisition fixe en Languedoc et des tribunaux ambulants, comptant 5 ou 6 inquisiteurs, pour le reste du Royaume.
 
   
(agrandir) Le Pape et l'Inquisiteur, Peinture de Jean-Paul Laurens, 1882, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

L'inquisiteur Torquemada (1420 - 1498), avec son index posé sur la table, dicte ses projets au Pape Sixte IV. Cette scène illustre le rôle du conseil occulte auprès du pape
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Les premiers inquisiteurs nommés par Grégoire IX s'installent à la Charité-sur-Loire, important centre hérétique du 13e siècle. Ils pratiqueront leurs enquêtes et leurs interrogatoires depuis la Bourgogne, dans les provinces du centre et du nord de la France : Besançon, Reims, Rouen et Tours avant de se voir attribuer aussi la Flandre, l'Ile-de-France et la Champagne.


Robert le Bourge se montre un inquisiteur particulièrement efficace. Il détruit notamment la totalité de la très ancienne communauté cathare de Mont-Aimé en Champagne, brûlant vif une cinquantaine d'hérétiques, et envoyant quelques 187 autres "infidèles" au bûcher à Mont-Wimer. Mais ses abus éveillent bientôt l'indignation de ses collaborateurs. Ne se contentant pas d'envoyer les hérétiques sur le bûcher, l'inquisiteur s'adonne à des morts beaucoup plus atroces, enterrant parfois vivantes ses victimes. Suite à de multiples dénonciations, le Pape envoie une commission d'enquête et le sanglant Robert est destitué puis jeté en prison.


 
   


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Que chacun de vous ceigne son épée et n'épargne ni son frère ni son plus proche parent." annonçait la bulle papale de 1219. Rapidement, la torture - chaise à pic, roue, fer chaud - fut perçue comme le moyen le plus efficace pour obtenir l'abjurationdespénitents.
   
     
Cette pratique devenue généralisée dans l'ensemble de l'occident chrétien fut "recommandée" dans la majorité des manuels de procédure qui deviennent rapidement des "guides pratiques de l'interrogation sous la torture". Le plus célèbre d'entre eux est celui de Bernard Gui, inquisiteur dans le Toulousain de 1307 à 1324.
 
 
Les exactions des inquisiteurs marquent une courte pause dans la chasse à l'hérésie. Le système reçoit le soutien moral et financier du Roi de France. La procédure est quelque peu modifiée et c'est désormais l'inquisiteur de Paris qui envoie des groupes de 2 à 6 inquisiteurs dans les provinces françaises.

Les tribunaux sont itinérants surtout dans la moitié nord de la France qui n'est pas le théâtre des grandes hérésies que connaît la région toulousaine. Les tribunaux se déplacent de villes en villes, jugeant sur dénonciation les quelques impies éparses et les cas de sorcelleries qui se multiplient aux 15e et 16e siècle. Les interrogatoires ont lieu dans le couvent de l'ordre auquel appartient l'inquisiteur, si la localité en est dotée, dans le palais épiscopal de la ville ou encore dans l'église locale ou dans les édifices municipaux.
 
 
             
 
A Paris, le Temple, propriété des templiers jusqu'à leur arrestation en 1307 par l'Inquisiteur Général de France Guillaume de Paris, sert de prison aux dissidents arrêtés par les juges. C'est ici notamment que l'Inquisiteur de Paris, Maurice de Saint-Paul, fait emprisonner le Sire de Parthenay en 1323. Mais toutes les prisons civiles ou épiscopales pouvaient servir aux inquisiteurs et les hérétiques ont sans nul doute peuplé la plupart des prisons parisiennes.
 
       
 
La peine encourue par les hérétiques est celle du feu, qui représente un acte de rédemption et de purification de l'âme pour l'accusé.

Dès les débuts de l'institution, encouragée par l'intolérance religieuse de Saint Louis, la France commence à allumer des bûchers en tout lieu.

A Paris, le roi assiste lui-même à l'exécution des hérétiques, comme le montre cette gravure. Au fond à gauche, on aperçoit la Bastille et à droite les gibets où l'on suspend le corps. Dans la plupart des cas, les impies sont brûlés en Place de Grève, actuelle Place de l'Hôtel de Ville.

 
Il faut encore préciser que la moitié nord de la France reste surtout le terrain d'hérésie individuelle alors que la région languedocienne se cantonne à l'hérésie cathare et vaudoise. Une fois cette dernière enrayée après les différentes croisades et les guerres de religion, l'Inquisition, quelque peu dépourvue, se concentre sur les astrologues, les alchimistes, les sorciers et sorcières, les envoûteurs, incantateurs, magiciens et les devins dont ils assimilent les pratiques à la démonologie. C'est une véritable lutte qu'engage l'Inquisition aux 15e et 16e siècle. La France usera de plus en plus de la torture et brûlera un nombre considérable de ces "représentants du diable".
 
 
   
 
Tribunal présidé par Saint Dominique
Chaque tribunal est traditionnellement
présidé par deux juges qui appartiennent à des ordres mendiants. Ici, la gravure représente Saint-Dominique, accompagné de ses frères, jugeant deux hérétiques condamnés au bûcher.
 
En 1233, Grégoire IX ne se contente pas d'envoyer ses missionnaires dans le centre et le nord du Royaume de France. Le sud est particulièrement frappé par les mouvements hérétiques. La situation est devenue si inquiétante pour le Saint Siège que l'inquisition, confiée aux dominicains de Toulouse, présidera des tribunaux fixes à Toulouse et Carcassonne. Les inquisiteurs habitent dans la maison même où est installé le tribunal. C'est ce que l'on appelle la "maison de l'Inquisition" où sont aussi entreposées les archives. Ces bâtiments possèdent leur propre prison, appelée le mur. Au cas où le nombre de prisonniers dépasse l'espace du mur, les inquisiteurs pouvaient user de la prison de l'évêque.
 
 

 
       
 
L'Ordre des Dominicains est né à Toulouse, dans la maison de Pierre Cella, au printemps 1215. Un an plus tard, alors que les moines prêcheurs quittaient les lieux, le bâtiment fut investi par l'administration inquisitoriale et prit le nom de Maison de l'Inquisition. La route de Narbonnaise fut elle-même rebaptisée "rue de l'Inquisition". Un tribunal de la foi s'installe jusqu'en 1575 avant qu'un vicariat ne le remplace. Sous la pression de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, le vicariat est supprimé en 1771 "parce que son nom seul est trop odieux dans un siècle éclairé et sous un monarque aussi juste". La chapelle est ensuite rachetée par les frères Combes avant que l'ensemble des bâtiments ne devienne la propriété des jésuites en 1832. Quelques années plus tard, ce sont les Réparatrices de Marie qui héritent de la lugubre maison au sombre passé. Ce n'est qu'en 1953 que le 11 rue de l'Inquisition devient le 8 Place du Parlement !
   
     
 
 
   
Au premier étage de la maison se trouvait un passage dans les remparts, donnant directement accès à la Tour de Justice. C'est dans cette "galerie de l'Inquisition" qu'étaient conservées les archives de l'institution.
 
Les juges ont à leur disposition des manuels pour les aider dans leur mission, comme le Pratica Inquisitionis de Bernard Gui. Ce dernier, inquisiteur en charge à Toulouse dans les années 1310, compte à son actif 18 hérétiques brûlés vifs et 65 emprisonnés à perpétuité.

Il sera le dernier grand inquisiteur du sud de la France même si l'on continue à nommer des représentants de la foi aux fonctions plus ou moins accessoires aux 14e et 15e siècles. Pourtant, le siècle suivant voit une résurgence de la répression, plus seulement envers l'hérésie mais surtout envers les cas de sorcellerie. Le Parlement de Toulouse aurait fait brûler 400 sorciers en 1577.

A Toulouse, le traité de Paris prévoyait aussi la création d'une Université devant contribuer à la lutte contre l'hérésie en formant des prédicateurs professionnels issus de l'ordre de Saint Dominique. Pourtant cette charge plutôt controversée fut assez vite confiée au couvent des frères dominicains et l'établissement scolaire se limitera ensuite à l'enseignement des arts majeurs.
 
     
 
Le château de Montségur représente une des places fortes de l'hérésie cathare en Languedoc. Raymond VII lui-même y trouva refuge.En 1243, les troupes royales assiègent la forteresse. Après un an de lutte, les réfugiés capitulent. Les 200 cathares refusent néanmoins de se convertir au catholicisme. Enfermés au pied du château, ils moururent tous brûlés vifs, le 16 mars 1244. Si Montségur n'est certainement pas le plus grand bûcher de l'histoire inquisitoriale, il reste celui qui vit périr les plus grandes figures du catharisme en Languedoc. Une stèle commémore la mort des réfugiés cathares qui refusèrent de renier leur foi.
 
 
Au siècle des Lumières, les tribunaux inquisitoriaux disparurent progressivement en Europe. Il subsistait cependant encore en 1908 une congrégation pontificale, chargée de juger tous ce qui relève de la foi et de la morale. Elle avait été créée en 1542 par le pape Paul III, sous le nom de Congrégation de la Suprême Inquisition, pour combattre les progrès de la Réforme. En 1965, Paul VI modifia les compétences, les méthodes et même le nom de l'institution, désormais appelée Congrégation pour la doctrine de la foi.
 

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